Une histoire des dessins editoriaux
Canadiennes
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L'art de la caricature politique tel que nous le connaissons aujourd'hui remonte aux années 1870, quand
John W. BENGOUGH
(1851-1923) commence à publier Grip, un magazine satirique. Bengough y cloue au pilori le premier ministre du Canada, John A.
MACDONALD. Depuis, tous les premiers ministres ont dû vivre avec leur caricature. sir Wilfred LAURIER a été croqué
par
Henri JULIEN
(1852-1908), Mackenzie KING par Arch Dale (1932-1962), John DIEFENBAKER par
Duncan
MACPHERSON
(1924-1993), Pierre TRUDEAU par Jean-Pierre Girerd (né en 1931), et Brian MULRONEY par Aislin
(
Terry MOSHER
, né en 1942).
Il s'agit d'un art éphémère. Chaque jour, les artistes créent une caricature pour commenter l'actualité. Le lendemain de sa
parution, elle n'a la pertinence que du journal de la veille. Il ne s'agit pas de bandes dessinées racontant une histoire pour faire rire,
ni d'illustrations créées par des graphistes. Les caricatures dépassent souvent les limites du simple commentaire éditorial,
leur but étant de ridiculiser le sujet dont il est question.
Les premières caricatures à être reconnues au Canada sont celles du brigadier-général
George TOWNSHEND
, qui
accompagne le général James WOLFE à Québec en 1759. Townshend fait des dessins pour nuire à la réputation de
son commandant. Ce n'est qu'avec l'arrivée de Punch au Canada, dans les années 1840, que les caricatures politiques
commencent à être publiées de façon régulière. Punch donne naissance à de nouvelles revues telles que Grinchuckle,
Canadian Illustrated News, et L'Opinion Publique, dont les illustrations imitent le travail du britannique John Leech (1817-1864),
premier caricaturiste au sens contemporain du mot.
Lorsque Bengough crée Grip, en 1873, il est influencé par le caricaturiste le plus populaire aux États-Unis, l'Allemand
Thomas Nast (1840-1902). Lorsque le Montreal Star embauche Henri Julien en 1888 pour « dessiner les actualités », il
devient le premier journal à avoir son propre caricaturiste politique. Julien est aussi le premier dans son domaine à pouvoir
exposer à la Galerie nationale du Canada (aujourd'hui le MUSÉE DES BEAUX-ARTS DU CANADA). Une des rues de
Montréal porte son nom.
Le développement des techniques de photogravure en demi-teinte mène à un déclin de la caricature pendant la première
partie du XXe siècle. C'est David Low (1891-1963) qui la fait renaître durant la Deuxième Guerre mondiale, avec ses satires
de Hitler et de Churchill dans The London Evening Standard. À peu près à la même époque, The Halifax Chronicle Herald
embauche le caricaturiste Bob Chambers (1905-1996). John Collins (né en 1917) commence à travailler à The Gazette, Ã
Montréal. Toutefois, pendant de nombreuses années, les caricatures dans les journaux canadiens ne sont que de pâles
imitations de celles de Low, quand elles ne se laissent pas influencer par les artistes américains syndiqués Herbert Block («
Herblock », né en 1909), du Washington Post, et Bill Maudlin (né en 1921), du Chicago Sun Times.
Un style proprement canadien émerge après la Deuxième Guerre mondiale. Robert LAPALME (1908-1997) du Devoir,
Duncan Macpherson du Toronto Star, Leonard Norris (1913-1997) du Vancouver Sun, et Ed McNally (1916-1971) du Montreal
Star en sont les figures de proue. Les caricatures de ces derniers se démarquent des clichés habituels. Leurs dessins sont plus
vifs et souvent plus féroces que ceux des Américains, qui sont peut-être plus allégoriques. Les caricaturistes canadiens
commencent à s'exprimer d'une manière plus indépendante que leurs homologues américains. Ils se séparent de la section
des arts et créent une entité politique autonome. Il n'est pas rare aujourd'hui de voir dans des journaux canadiens, une
caricature politique qui contredise l'opinion exprimée par l'éditorialiste.
En 1949, les caricatures sont devenues tellement convaincantes que le National Newspaper Awards décide d'honorer ceux qui Â
« expriment clairement une idée, dessinent bien, et défendent les intérêts du public d'une manière remarquable ». Le
premier récipiendaire du prix est Jack Boothe (1910-1973) du Globe and Mail. À l'époque, il est le caricaturiste politique le
mieux payé au Canada. Duncan MacPherson est celui qui reçoit le plus grand nombre de prix (six). Parmi les autres gagnants
figurent certains des caricaturistes les plus réputés : le doyen Merle Tingley (né en 1921), dont la marque de commerce, un
ver du nom de Luke qui fume la pipe, existe depuis plus de 50 ans; Yardley Jones (né en 1930), Roy Peterson (né en 1936),
Andy Donato (né en 1937), et Vance Rodewalt (né en 1946). L'art de la caricature monte encore d'un cran en 1963, lorsque
Robert LaPalme organise à Montréal le premier Salon international de la caricature.
Les caricaturistes politiques de premier ordre sont assez rares. Au total, il n'y a jamais guère plus d'une vingtaine de caricaturistes
employés à travers le pays. La nouvelle génération d'artistes de renom comprend, entre autres, Serge Chapleau (né en
1945) de La Presse, Dale Cummings (né en 1948) du Winnipeg Free Press, Susan Dewar (né en 1949) du Ottawa Sun, Guy
Badeaux (né en 1949) du Droit, Brian Bable (né en 1949) du Globe and Mail, John Larter (né en 1950) du Calgary Sun, et
Bruce MacKinnon (né en 1961) du Halifax Herald.
Quelle que soit la férocité des dessins, la plupart des politiciens considèrent la caricature comme une marque d'honneur. Il
n'est pas rare qu'une personne dénonce publiquement une caricature, puis tente de faire l'acquisition de l'original en privé.
Source: L'Encyclopedie canadienne