Caricaturiste au Quotidien
Mario Lacroix espère rencontrer quelques-unes
de ses victimes
Dimanche 29 mai 2005 -- Stéphane Bégin
Caricaturiste au Quotidien depuis maintenant 16 ans, Mario Lacroix va se retrouver, le temps d'une exposition, aux
côtés de quelques-uns des plus grands du milieu de la caricature au Québec.

Mario Lacroix a reçu une invitation des dirigeants de la Bibliothèque de l'Assemblée nationale afin d'y installer
huit de ses caricatures politiques. L'exposition aura lieu le 14 juin lors de la troisième journée du livre politique.

L'événement vise à  rapprocher la principale institution démocratique du Québec, les citoyens et les
personnes qui nourrissent et animent la vie politique. Les parlementaires en exercice et les anciens
parlementaires ont été invités à  fournir des caricatures qui les ont marqués.

"C'est la première fois que je suis appelé à  aller à  cette exposition. J'ai tellement hâte d'y aller et j'espère
être en mesure de rencontrer quelques-unes de mes victimes.

"Je n'ai jamais eu l'occasion de les rencontrer. Je les dessine régulièrement, mais je ne les vois pas dans des
événements ou quoi que ce soit. Il y a un seul politicien avec qui j'ai eu à  faire dans le passé", mentionne
Mario Lacroix.

Celui-ci montrera donc son talent à  cette occasion. Il exposera trois caricatures du député péquiste de Lac-
Saint-Jean, Stéphan Tremblay, deux du député libéral de Roberval, Karl Blackburn, une du chef de l'Action
démocratique du Québec (ADQ), Mario Dumont.

Durant l'exposition, les visiteurs pourront admirer le travail de ces créateurs qui y placeront environ 70
caricatures.

Rendu loin

À chaque journée de publication du journal Le Quotidien, Mario Lacroix se retrouve en page 8, dans la même
page que l'éditorial. Jamais il n'aurait pensé être encore là  16 années plus tard.

"À mes débuts, je ne savais pas vraiment à  quoi m'attendre. Je croyais que je pourrais faire ça durant quatre
ou cinq ans. Là  Ã§a fait 16 ans et je crois qu'il doit me rester encore une vingtaine d'années à  faire.

"Il s'agit d'un travail de fond. Il ne faut pas croire que c'est toujours facile. À chaque jour, je discute avec Carol
Néron (éditorialiste) afin de faire du remue-méninge, se donner une idée de la caricature à  faire dans la
journée", ajoute-t-il.

Mario Lacroix se souvient de ses débuts comme caricaturiste. L'heure de tombée était alors à  19h00 et il se
souvient qu'il lui arrivait à  15h00 de ne rien avoir sur sa feuille à  dessin.

"Aujourd'hui, c'est un peu plus facile, car j'ai davantage d'expérience et je sais à  quoi m'attendre.

"Et lorsque je regarde les caricatures que je faisais dans le passé, à  comparer avec celles d'aujourd'hui, je dois
dire que le dessin s'est beaucoup amélioré. Je trouve beaucoup de défauts à  mes caricatures de mes
premières années", de conclure Mario Lacroix.
Exposition de caricatures de parlementaires
Bourreaux et victimes sympathisent sur la colline
Mercredi 15 juin 2005 -- Le Soleil
Les parlementaires sont-ils des gens un tantinet maso ? Ils étaient nombreux à  se presser à  l'inauguration de
l'exposition de caricatures qui les met irrespectueusement en valeur, depuis hier, dans le magnifique décor de la
Bibliothèque de l'Assemblée nationale.

Ouverte au public jusqu'au 26 août (entrée porte 30), l'exposition rassemble 80 oeuvres dessinés par tout ce que
le Québec compte ou a compté comme caricaturistes politiques depuis la Révolution tranquille.

Ce sont les victimes elles-mêmes, nos parlementaires présents et passés, qui ont été priées de choisir leurs
caricatures préférées. Une quarantaine d'entre eux ont répondu à  l'appel. Les organisateurs ont retenu deux
ou trois croquis pour chacun d'eux.

Méchante, cette galerie de députés dont les travers et les gaffes sont passés à  l'histoire ? Pas du tout,
estiment des caricaturistes rencontrés sur les lieux. Ce sont d'"aimables taquineries" selon un ancien caricaturiste
du Soleil, Raoul Hunter. "Un caricaturiste aurait fait un choix plus méchant", opinait son successeur, André-
Philippe Côté. "Nous sommes moins féroces que des journalistes", concluaient les deux compères.

Bourreaux et victimes sympathisaient donc hier avec un plaisir évident. Car si certains peuvent être peinés de
l'image qu'on retient d'eux, la plupart des députés attendraient plutôt impatiemment leur tour de voir leur binette
en page éditoriale. Encore faut-il que ces hommes ou femmes politiques fassent quelque chose qui attire
l'attention, note le caricaturiste André Mooney, qui sévit au Soleil de Salaberry-Valleyfield depuis 40 ans. "Ça
semble être dans la nature de certains de ne rien faire."

Des politiciens jamais caricaturés ont déjà  tenté des manoeuvres d'approche par l'intermédiaire de leur
attaché de presse, raconte un Hunter très pince-sans-rire. "Mais il fallait quand même attendre qu'il fasse une
gaffe."

La religion taboue

Si l'on peut rire sans danger du nez, des cheveux, de la lenteur ou de l'attitude pompeuse de nos politiciens, il ne
faut pas toucher à  nos chefs religieux, assurent Mooney et Hunter. "On peut assommer un premier ministre, mais
pas un évêque. Quant au pape, il est intouchable."

Selon la spécialiste Mira Falardeau, qui a collaboré à  la mise en place de l'exposition, le caricaturiste est un peu
la version moderne du fou du roi. Il pose un regard ironique sur les élites politiques et détrône les gens de
pouvoir pour faire rire. Dans un bouquin de Normand Hudon sur le sujet, elle a puisé les mots d'un ancien directeur
du Devoir qui disait que la fonction du caricaturiste, dans nos démocraties, est de "ramener nos grands hommes à  
leur vraie mesure... qui est parfois petite".

Pour qui se prennent-ils donc ces caricaturistes ? Pour ceux qui sont peut-être les plus "lus" dans un journal, selon
Hunter. Environ 80 % des gens lisent les titres, 50 % font l'effort de se rendre à  quelques paragraphes et 20 % des
lecteurs vont jusqu'au bout d'un texte. La caricature, elle, obtient un taux de lecture de 100 %", claironnait-il.