Quand le dessin se fait éditorial Jeudi 7 juillet 2005 -- Le Droit
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Nos journaux seraient bien ternes sans le coup de crayon incisif des caricaturistes qui, d'un trait, fustigent,
dénoncent, ridiculisent ou saluent - ce qui est plus rare - les grands et petits événements qui jalonnent notre
quotidien et leurs auteurs.
La galerie de l'Alliance française, rue MacLaren, à Ottawa, fait honneur à ces dessinateurs en présentant
l'exposition Portfoolio : 20 ans de dessin éditorial au Canada, qui réunit près d'une trentaine de caricatures
exécutées par les caricaturistes des grands quotidiens canadiens et qui ont paru dans la revue au cours des deux
dernières décennies.
Guy Badeaux, caricaturiste au quotidien Le Droit, dirige Portfoolio, un florilège des meilleures caricatures au Canada,
publié annuellement depuis 1985. Il était tout naturel qu'il coordonne l'exposition qui se tiendra jusqu'au 4 août. Le
projet, à l'origine, consistait à présenter uniquement des oeuvres de Bado, mais ce dernier a cru bon d'y ajouter
celles de ses confrères, la plupart du Canada anglais.
"J'ai eu, dans le passé, des expositions solo. J'ai donc suggéré qu'on regroupe d'autres caricaturistes", raconte
Bado.
Si les caricaturistes anglophones sont en plus grand nombre dans Portfoolio, et par ricochet dans l'exposition, c'est
qu'elle est la seule revue qui puisse leur donner une certaine visibilité à l'extérieur de leur région, contrairement
aux caricaturistes québécois comme Chapleau, Garnotte ou Côté qui publient leur propre recueil de caricatures,
explique Bado, qui lui compte déjà huit livres à son actif, comprenant ses meilleurs dessins depuis 1996.
Chaque année, Portfoolio publie quelque 300 caricatures parmi les 2000 reçues, regroupées en différents
thèmes. La publication marche bien avec 5000 copies vendues annuellement, souligne Bado.
Pour l'exposition, ce dernier a choisi les caricatures qui ont marqué l'histoire, que ce soit en politique, dans les sports,
dans les arts. "Ce sont de très beaux dessins et le public peut apprécier les différents styles", dit-il.
Des événements incontournables comme l'échec de l'Accord du Lac Meech et l'accord du libre-échange ont
inspiré plus d'un caricaturiste. Sur l'accord du libre-échange, Rodewalt, du Calgary Herald, montre un Joe Clark tout
craintif devant un Rambo américain, armé jusqu'aux dents, à la table des négociations.
La déchéance du coureur Ben Johnson a inspiré Cam, du Regina Leader Post, qui a dessiné un athlète canadien
sans stéroïdes, tout petit à côté de mollets de géants. Le caricaturiste Sebastian a dessiné des cannes
blanches et des chiens-guides qui attendent à l'extérieur de la salle où sont réunis les directeurs du Musée des
beaux-arts pour illustrer l'acquisition du controversé tableau Voice of Fire, acquis au coût de 1,8 million $.
Bado présente aussi une dizaine de ses caricatures dont L'après Saddam, où les pays entourant l'Irak portent
désormais le nom des grandes compagnies pétrolières. Il y aussi celle où Jean Chrétien assaisonne de poivre
une salade, celle qui montre un Pinochet, les chaînes aux poings, qui dit "Il n'y a plus d'injustice".
Portfoolio : 20 ans de dessin éditorial au Canada, exposition de caricatures par Bado, Gable, Cam, Aislin et autres, est
présentée jusqu'au 4 août à la galerie de l'Alliance française (352 MacLaren, à Ottawa).